Cette nouvelle responsabilité n’est toutefois pas neutre. Lorsqu’un collaborateur formalise une expertise qui le distinguait, il transfère une partie de sa valeur au collectif. L’entreprise y gagne: le savoir circule mieux, les nouveaux venus progressent plus vite et l’activité dépend moins de quelques personnes. Mais celui qui partage peut craindre de devenir plus facilement remplaçable.
Pourquoi livrer ce qui fait sa valeur si l’on n’y gagne rien soi-même? Le manager ne peut pas esquiver cette tension. Demander aux collaborateurs d’alimenter le système suppose de préciser ce qu’ils obtiennent en retour: reconnaissance, nouvelles responsabilités, possibilités d’apprentissage ou évolution professionnelle. Sans cette contrepartie, le partage des connaissances, symbole de cette nouvelle culture IA, risque de rester un vœu pieux.
Le véritable test n’est donc pas le nombre de licences déployées. C’est la capacité du management à organiser et à reconnaître la contribution de chacun au savoir qui alimente l’intelligence de l’entreprise. À terme, les écarts entre collaborateurs tiendront peut-être moins à ce qu’ils savent qu’à leur contribution au savoir collectif. Encore faut-il que l’organisation leur donne les moyens de contribuer et une raison de le faire.
Cette évolution, culturelle et technologique, ouvre une perspective pour le management: apprécier la valeur d’un collaborateur aussi à travers ce qu’il permet aux autres d’accomplir. Le savoir partagé pourrait alors trouver une place à part entière dans la reconnaissance du travail et dans les parcours professionnels.