Observatoire du Numérique
TechTrends 7  /  7

Mesurer les limites d’une chaîne de confiance

Appréhender les limites techniques et les questions de confiance, de dépendance et d’inclusion que soulève le déploiement d’une identité numérique


Une confiance qui ne se décrète pas

Une identité numérique transporte la confiance entre émetteur, détenteur et vérificateur. Elle ne la crée pas: une architecture rigoureuse ne suffit pas si les utilisateurs se méfient de l’émetteur ou des règles qui l’encadrent.

Le scrutin de 2025 l’illustre. En Suisse romande, Vaud (57,2 %), Genève (55,2 %) et Fribourg (50,4 %) ont accepté la loi, tandis que Neuchâtel (52,5 % de non), le Jura (56,5 %) et le Valais (55,8 %) l’ont rejetée. En décembre 2025, le Contrôle fédéral des finances estimait que «l’absence de défaut et la maturité du produit doivent primer sur l’introduction de l’e-ID à la date prévue au départ».

l’absence de défaut et la maturité du produit doivent primer sur l’introduction de l’e-ID à la date prévue au départ

Des limites techniques réelles

La divulgation sélective ne garantit pas l’intraçabilité. Avec SD-JWT, la signature de l’émetteur reste identique d’une présentation à l’autre : des vérificateurs qui mettent leurs données en commun peuvent relier plusieurs présentations. L’émission de lots d’attestations à usage unique atténue ce risque, sans le supprimer cryptographiquement.

La documentation suisse signale aussi qu’un vérificateur ayant contrôlé une attestation peut en consulter plus tard l’état de révocation. Des signatures de type BBS ou des preuves à divulgation nulle de connaissance offriraient une intraçabilité plus forte, mais elles ne font pas encore partie des mécanismes cryptographiques admis en Europe.

Dépendance, inclusion, souveraineté

Dépendance

Le portefeuille et la puce sécurisée reposent sur les smartphones et sur deux systèmes d’exploitation, Android et iOS, développés par des entreprises américaines.

Exclusion numérique

Les personnes sans smartphone ou peu à l’aise avec le numérique doivent conserver un accès par des canaux physiques.

Sur-identification

La facilité à fournir une preuve d’identité peut conduire à l’exiger là où elle n’est pas nécessaire.

Souveraineté

Le choix des standards, des formats et de l’hébergement des registres conditionne la capacité à faire évoluer l’infrastructure sans dépendre d’un fournisseur.

Une identité numérique ne remplace pas la confiance : elle la rend transportable, vérifiable et mesurable. La comprendre suppose donc de saisir à la fois la cryptographie qui la protège et les institutions qui la garantissent.


Sources